Assurances en Roumanie : le guide pour dormir (un peu) plus tranquille
Cet article s’adresse plutôt aux parents, grands-parents, oncles, tantes, cousins… bref, à ceux qui ont vu leur protégé annoncer fièrement :
« Ça y est, je suis pris(e) en médecine vétérinaire ! »
Après parfois plusieurs années compliquées, des concours, des dossiers et probablement quelques remises en question existentielles, il ou elle réalise enfin son rêve.
Et ça, c’est merveilleux. Félicitations à lui ou elle. Et félicitations à vous aussi : vous pouvez être fier de la personne qu’il ou elle est devenue.
Petit détail cependant. La faculté est à Timișoara.
En Roumanie.
Donc nouveau pays, nouvelle administration, nouvelle législation, nouvelle monnaie et nouvelles règles à comprendre.
Et là, quelque part dans votre cerveau de parent, une petite voix commence :
« Oui, mais… on ne sait jamais ce qui peut lui arriver là-bas. »
Je vous vois.
Et je comprends.
Après tout, vous essayez de protéger cette personne depuis sa naissance (et probablement même avant), ce n’est pas parce qu’elle sait maintenant prendre un avion toute seule que le réflexe va miraculeusement disparaître.
Alors plutôt que d’imaginer tous les scénarios possibles à 3 heures du matin, faisons quelque chose de plus utile : regardons les principales protections et assurances auxquelles penser lorsqu’un étudiant part vivre en Roumanie.
Première étape : la santé
Commençons par le plus important. La CEAM : premier réflexe avant le départ
Avant même de faire les valises, pensez à commander la Carte Européenne d’Assurance Maladie (CEAM).
Idéalement, ne vous y prenez pas trois jours avant le départ, entre l’achat d’une valise cabine et la recherche désespérée du carnet de vaccination. Prévoyez plutôt plusieurs semaines.
La CEAM permet de bénéficier d’une prise en charge des soins médicalement nécessaires dans un autre pays européen, selon les règles du système de santé local.
C’est donc le premier petit morceau de plastique à glisser dans le portefeuille.
Suivi d’un petit billet. (On ne sait jamais)
Et une fois installé en Roumanie ?
Un étudiant français inscrit à la faculté et installé durablement en Roumanie peut également avoir accès au système de santé roumain selon son âge et sa situation.
Pour les étudiants de moins de 26 ans, il existe notamment une possibilité de couverture gratuite par le système public roumain sous certaines conditions. Le CNP et le justificatif de scolarité font partie des documents qui peuvent être demandés pour justifier son statut d’étudiant.
Passé 26 ans, la situation change et il faut davantage s’intéresser à son affiliation au système de santé public roumain , la CNAS, ou envisager une couverture privée complémentaire.
Et là, oui.
Bienvenue dans le merveilleux monde des administrations de sécurité sociale européennes.
Prenez un café.
Mêmes conditions que les Roumains, d’accord… mais pour ce qui est du rapatriement ?
C’est le point que l’on oublie facilement.Être couvert pour recevoir des soins sur place et être couvert pour être rapatrié en France sont deux choses différentes. Une garantie assistance/rapatriement mérite donc d’être vérifiée séparément.
Avant de souscrire un nouveau contrat, regardez cependant les assurances déjà existantes : carte bancaire, mutuelle, assurance voyage familiale, etc.
Le but n’est pas de collectionner les contrats d’assurance comme des cartes Pokémon.
Ou des Pogs. Selon les générations.
Le but est de savoir précisément ce qui est déjà couvert et ce qui ne l’est pas.
Bon, la santé, c’est fait. Maintenant, étape 2 : l’appartement.
Ah.Les propriétaires.Nous y voilà. Le marché locatif roumain ne fonctionne pas exactement comme le marché français, et c’est un point qui peut surprendre lors de la première location.
« Le propriétaire m’a parlé de l’ANAF… c’est quoi encore ce truc ? »
L’ANAF est l’administration fiscale roumaine. Lorsqu’un contrat de location est enregistré officiellement auprès de l’administration fiscale, cela permet notamment de formaliser fiscalement la location.Concrètement, cela permet d’avoir une trace officielle de la location et de montrer que celle-ci est déclarée auprès de l’administration. On est pas sur une annonce d’arnaque pour appartement.
Pas une arnaque okey mais attention, parce que c’est là qu’il faut faire une distinction importante :
Contrat de location déclaré et officiel ≠ appartement assuré.
Ce sont deux sujets complètement différents.
Un propriétaire peut être parfaitement en règle concernant la déclaration de son contrat de location sans que cela signifie que tous les biens du locataire ou tous les dégâts possibles dans l’appartement soient couverts.
Inversement, l’absence d’une formalité ne permet pas, à elle seule, de conclure que vous êtes face au grand escroc de Timișoara.
Il faut simplement savoir exactement ce que vous signez.
Demandez. Lisez le contrat.
Et gardez-en une copie.
Oui, même les petites lignes. Je sais.
« Mais il y a bien une assurance habitation, non ? »
C’est ici que les habitudes françaises peuvent induire en erreur.
En France, présenter une assurance habitation lorsqu’on devient locataire paraît tellement normal qu’on ne se pose même plus la question.
En Roumanie, le système est différent.
Il existe notamment la PAD (Polița de Asigurare Împotriva Dezastrelor Naturale), une assurance obligatoire couvrant certains risques de catastrophes naturelles prévus par la législation roumaine, notamment les tremblements de terre, les inondations et les glissements de terrain.
Mais attention encore une fois : PAD ne signifie pas automatiquement que l’étudiant et toutes ses affaires sont couverts contre absolument tout ou bien qu'il soit couvert contre les sinistres.
Un dégât des eaux, un incendie, une fuite de gaz et toutes autres joyeusete. Et soudain, l’assurance habitation devient un peu plus intéressante.
Pensez aussi à ce qu’il y a DANS l’appartement
Un étudiant en médecine vétérinaire part rarement en Roumanie avec trois T-shirts et un stylo Bic.
Il y a souvent : l’ordinateur,la tablette,le téléphone,peut-être un appareil photo et tout le matériel accumulé au fil des études.
Additionnez tranquillement la valeur de tout ça.
Voilà.
Vous regardez déjà les contrats d’assurance différemment.
Une assurance couvrant les biens personnels contre certains risques comme le vol, la casse, voire la perte (selon les garanties du contrat) peut donc être pertinente.
Encore une fois : vérifiez d’abord les assurances existantes avant d’en souscrire une nouvelle.
Et la responsabilité civile ?
C’est probablement l’une des protections les moins sexy du monde. Jusqu’au jour où elle sert.Parce que votre enfant peut, lui aussi, causer involontairement un dommage à quelqu’un.Renverser quelque chose.Endommager un bien. Être impliqué dans un accident.
Bref : vivre.
La Roumanie est un pays globalement sûr et Timișoara n’est pas une jungle dans laquelle votre enfant doit sortir avec un casque et un gilet pare-balles pour aller acheter du lait.
Mais aucun pays ne protège contre les aléas ordinaires de la vie.
Un accident reste un accident, qu’il arrive à Timișoara, Paris ou dans n’importe quelle autre ville de France.
Vérifiez donc si sa responsabilité civile personnelle continue de le couvrir pendant une résidence et des études à l’étranger. Si ce n’est pas le cas, cherchez une couverture adaptée.
Et attendez… il y a aussi les stages : Le boss final
Parce qu’évidemment, nous sommes en médecine vétérinaire.Votre enfant ne va pas passer six ans exclusivement assis devant un PowerPoint.
Les stages vont arriver. Et avec eux : Les animaux, beaucoup d’animaux.
Pour les stages classiques, il faudra notamment vérifier les exigences de la faculté, de la structure d’accueil et les assurances couvrant l’étudiant pendant son activité.
Et si votre enfant vous annonce un jour ls yeux brillants : « Cet été, je vais faire un stage avec des loups. »
Respirez. Souriez. Puis vérifiez les assurances.
Et, tant qu’à faire, les recommandations sanitaires et le schéma vaccinal nécessaire selon le pays, l’activité et les animaux concernés : rage, encéphalite à tiques (TBE) dans certaines zones, etc…
Même chose pour les chevaux, les bovins, les animaux sauvages et, évidemment, le fameux rêve de stage avec un lion ou un ours.
Le monde vétérinaire a quelques particularités en matière de risques professionnels.
Bizarrement, un chat de 4 kg et un taureau de 900 kg n’ont pas exactement la même fiche de risque en cas de perte de contrôle de l’animal.
Qui l’eût cru.
Alors, qu’est-ce qu’on vérifie avant le départ ?
Pas besoin de souscrire quinze assurances et de transformer votre enfant en produit financier ambulant. L’objectif est simplement d’identifier les trous dans sa couverture.
Avant son départ, vérifiez donc :
sa CEAM et sa couverture santé en France ( très recommandé)
les conditions de son accès au système de santé roumain une fois installé ( très recommandé)
une éventuelle assistance/garantie rapatriement ( très recommandé)
ce que couvre réellement l’assurance du logement ( très recommandé)
la couverture de ses biens personnels : ordinateur, téléphone, tablette… ( recommandé)
sa responsabilité civile à l’étranger ( recommandé)
et, lorsque les premiers stages arriveront, les assurances exigées pour les activités vétérinaires. ( très recommandeé)
Une fois ces quelques points vérifiés, vous aurez déjà éliminé une bonne partie des fameux :
« Oui mais… et s’il lui arrive quelque chose ? »
Vous ne pourrez évidemment jamais tout prévoir.Et ce n’est pas vraiment le but.
Votre étudiant va probablement avoir quelques galères. Il appellera peut-être parce que la machine à laver n’essore plus, parce qu’il a acheté de la crème à la place du lait, parce qu’il vient de découvrir que l’administration dont il avait besoin ferme à 14 h le vendredi ou parce qu’il a cramé ses pâtes.
Ça fait aussi partie du départ.
Votre rôle n’est plus nécessairement de supprimer tous les problèmes avant qu’ils arrivent.
Parfois, c’est simplement de vérifier que, lorsque l’un d’eux arrive, il existe un filet de sécurité derrière.
Et ensuite ?
Laissez-le appeler l’assurance tout seul.
Il veut devenir vétérinaire.Il faut bien commencer quelque part.


